Les Voraces

       

        La Société des Voraces apparut à la Croix-Rousse en 1846. Pour échapper aux surveillances policières, les Voraces imaginèrent de se réunir dans les cabarets et auberges sous prétexte de joyeuses beuveries. A cette époque, un rapport de police les présentait comme étant principalement animés par le souci d’obtenir que les cabaretiers leur vendent le vin au litre et non à la bouteille.

        A la proclamation de la République, les Voraces se manifestèrent au grand jour. Dès le 25 février, ils prirent possession des forts de la Croix-Rousse qui avaient été édifiés après l’insurrection de 1834 pour contrer toute nouvelle tentative de révolte. Les Voraces exigeaient la démolition de ces enceintes militaires et refusèrent d'en sortir sans avoir obtenu des garanties. Après de laborieuses négociations, ils acceptèrent de les livrer « de bonne volonté, après la démolition entière de tous les bastions et meurtrières, à la Garde Nationale. »

Bien organisés et solidement implantés parmi la population ouvrière, les Voraces se présentaient comme « de simples ouvriers laborieux, patriotes zélés, républicains dévoués, amis de l’ordre, soldats de la France et soutiens du bien public. »

        La Préfecture et l’Hôtel de Ville firent appel à eux pour assurer le maintien de l’ordre et prêter main forte à la Garde nationale. En avril 1848, ils furent partout sollicités pour participer aux cérémonies de plantation d’Arbres de la Liberté. Mais les relations avec les pouvoirs publics se dégradèrent après les élections. Le 21 mai 1848, un arrêté du représentant du gouvernement incorpora dans la Garde nationale « tous les corps irréguliers existant dans le département ». Les Voraces refusèrent de se plier à « cette mesure inqualifiable », préférant « rentrer chez eux » en prenant à témoin la population lyonnaise de ce « renvoi injurieux ».

        Le 15 juin 1849, faisant écho au soulèvement des républicains parisiens, les Voraces appelèrent au renversement du Prince-Président et tentèrent d’organiser une insurrection dont les mots d’ordre furent : « Vive la Révolution démocratique et Sociale. Vive la Montagne ! ». L’émeute, violemment réprimée, marqua la fin de la Société des Voraces.

Bernard Collonges
Editions Aléas 2004