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LE GUIDE DE L'ETRANGER A LYON
par C-J Chambet

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Sous la Restauration, en 1824, le libraire lyonnais Chambet publie son Guide de l’étranger à Lyon. Ce petit opuscule présente, après une très brève relation de l’histoire de la cité, un descriptif de ses places publiques, de ses rues, de ses ponts, de ses églises et édifices remarquables. Il signale également aux voyageurs les hôtels, cafés et  «établissemens utiles» comme la poste aux lettres, l’école d’équitation et les bains.

(Le Guide de l'étranger à Lyon. Collection personnelle de B. Collonges)

Place Bellecour

Ce nom lui vient, dit-on, de celui de Bella-Curia, que ce lieu portait depuis le second siècle de l’ère chrétienne. On prétend qu’il y avait eu dans cet endroit, près du Temple d’Auguste, un tribunal célèbre appelé Curia, comme tous les tribunaux romains. La beauté du local et la splendeur de l’édifice avaient valu à cette Cour la qualification de Belle, Bella Curia.

Cette place, presque au centre de la ville, entre le Rhône et la Saône, forme un parallélogramme très-alongé, dont les extrémités sont, dans toute leur largeur, décorées de deux bâtimens parallèles et symétriques. On voyait autrefois au centre de deux pièces de gazon fort étendues, deux fontaines exécutées dans la même forme, qui offraient chacune un bassin soutenu par un groupe de génies en bronze ; et au milieu de la place s’élevait un piédestal de marbre blanc, surmonté d’une magnifique statue équestre, en bronze, de Louis XIV, qui fut renversé en 1793 (1) , ainsi que les deux jolies fontaines qui l’accompagnaient ; l’on démolit aussi les façades principales, et ce vaste local fut couvert de ruines pendant plusieurs années.

C’est du balcon de la maison Henri, sur cette place, l’une des plus belles et des plus vastes de l’Europe, que le pape Pie VII donna la bénédiction à une foule immense, le 18 avril 1805.

La promenade des tilleuls qui ornent cette place est fort belle ; elle est fréquentée par la bonne société de Lyon, surtout en été, de midi à trois heures.

(1) Elle va être relevée par les soins du Conseil général et du Conseil municipal ; le travail en est confié à notre célèbre compatriote M. Lemot, à qui l’on doit déjà la restauration de celle de Henri IV qui décore le Pont Neuf à Paris.

Place des Terreaux

     Cette place est décorée de beaux édifices ; huit rues viennent y aboutir. Le centre est entouré de banquettes ; elle était ornée d’une plantation d’arbres qu’on a fait disparaître.

Place des Célestins

     Cette place est petite, mais régulière ; elle est ornée d’un Théâtre, d’une plantation d’arbres, de plusieurs cafés très remarquables, et de fort belles maisons nouvellement construites ; on doit y placer un jet d’eau qui fera, dit-on, un bel effet. (2)

(2) Cette place conduit à la rue St-Dominique par un passage nouvellement établi et orné de beaux magasins.

Le Jardin des Plantes

     Ce jardin qu’on trouve en descendant la côte des Carmélites, a été formé en grande partie du jardin d’un monastère de bénédictines, appelé la Déserte. Sa situation sur une colline, présente divers aspects qui permettent d’y cultiver toutes les espèces de plantes connues. Il forme une promenade infiniment agréable au centre de la ville, en même temps qu’il est, pour les botanistes et les dessinateurs, un lieu plein d’intérêts, où ils viennent étudier les immenses combinaisons de la nature. A l’entrée du jardin on trouve le buste de Rozier, qui consacra tous ses moyens aux progrès de l’agriculture, et qui mourut d’un éclat de bombe en 1793.
    
Dans la partie supérieure de ce jardin, on voit l’emplacement d’un vaste amphithéâtre de forme circulaire. Lors des fouilles faites il y a quelques années, on a découvert des ruines de murs construits avec des blocs de pierre, des voûtes souterraines, des médailles, etc.
    
On exécute, dans ce jardin et les parties environnantes, de grands travaux ; l’entrée vient d’être changée ; deux belles fontaines doivent l’orner ; une nouvelle place lui servira d’aboutissement, et des bassins et jets d’eau contribueront à son embellissement ; l’Orangerie même est terminée d’après les dessins de M. Flachéron ; elle se fait remarquer par sa forme élégante, mais on trouve généralement qu’elle est mal placée.