Lyon_1860

LYON EN 1860

En 1860, l'imprimeur lyonnais Aimé Vingtrinier publie l'ouvrage de Pierre-Honoré Thomas, qui est autant un hymne à la gloire du  Second Empire qu'un hommage à la seconde ville de France. P-H Thomas y présente les "monuments, travaux d'art, embellissements et aménagements exécutés à Lyon", soulignant que "c'est surtout depuis l'avènement de S.M. l'Empereur Napoléon III, que la transformation a été complète."

    


  "La seconde ville de France est entrée, depuis plusieurs années, dans une voie de régénération, d'embellissements et d'aménagements qui sont loin d'être à leur terme.
       
Chaque année, ses ressources sont employées sans réserve à de grands travaux d'art et d'utilité qui s'accomplissent comme par enchantement.
         
Un compte-rendu des recettes ordinaires et extraordinaires ainsi que des dépenses faites pour les constructions ou aménagements de la cité est rendu public, chaque année par la voix des journaux.
       
C’est surtout depuis l’avènement de S. M. l’empereur Napoléon III, que la transformation a été complète : la lumière et le soleil sont venus remplacer l’obscurité de nos principaux quartiers du centre, de nouveaux monuments sont édifiés, les anciens sont rajeunis, l’eau potable est distribuée dans tous les quartiers, et à tous les étages, elle forme sur les places publiques des châteaux d’eau d’une élégance parfaite ; de magnifiques voies de communication sont ouvertes et semblent vouloir dépasser, par leur noble ordonnance, les plus beaux quartiers de Paris ; tels sont nos quais, les rues Impériale, de Bourbon, Centrale, Saint-Dominique, toute le presqu’île de Perrache, et, aux Brotteaux, toute l’avenue de Saxe, qui a la longueur de la rue de Rivoli et la largeur de la rue de la Paix ; le cours Morand avec ses belles constructions et ses beaux arbres, et enfin, sans en exempter une seule, toutes les rues, avenues, cours et quais de ce nouveau Lyon, qui s’élève si fier, et semble vouloir envahir le département de l’Isère.
       
La population (aujourd’hui de 300.000 habitants) a doublé pendant la première moitié de ce siècle et nécessairement elle doit tripler dans la seconde ; son industrie et son commerce l’ont rendue célèbre ; deux fleuves, six chemins de fer, six routes impériales de première classe, et treize routes départementales rayonnent dans le sein et autour de la seconde capitale de l’empire !"

LE PALAIS DE JUSTICE

Les 24 colonnes

          "Le Palais de Justice de Lyon est placé sur le quai de la Saône (rive droite) au bas du coteau de Fourvières, dont il forme le piédestal. Sa longue et belle colonnade corinthienne frappe tout d’abord les regards, et les plus indifférents ne peuvent se lasser d’admirer le panorama qui l’entoure et dont elle forme un des plus intéressants détails.
         
Vingt-quatre colonnes cannelées avec chapiteaux corinthiens supportent un attique divisé en compartiments rectangulaires, par des acrotères correspondant au droit de chaque colonne et couronnés par un ornement formant dentelure. Le perron par lequel on s’élève jusqu’au péristyle correspond aux quatre colonnes du milieu ; une barrière de fer, d’un beau style, le ferme et s’appuie de chaque côté sur deux socles qui attendent toujours les lions de bronze dont il devait être orné.
          
L’intérieur est d’une grande richesse d’ornementation. On entre sous un vestibule dont le plafond est supporté par quatre colonnes corinthiennes, puis, dans la Salle des Pas Perdus. Quatre couples de colonnes cannelées, polies comme le marbre, supportent trois coupoles surbaissées, placées à la suite les unes des autres ; six fenêtres semi-circulaires éclairent cette magnifique salle de laquelle on se rend dans tout l’édifice. Il est regrettable que les mots : Cour Impériale, Cour d’Appel, etc. ne soient pas gravés comme l’ordonne le style du monument, c'est-à-dire, en caractères antiques lapidaires.
          
Dans le courant de 1858, on a placé, dans les entre-colonnements du portique d’entrée, trois portes en fonte moulée et fer forgé de 8m50c. de hauteur, dont les panneaux à jour sont munis d’un vitrage ; la porte du milieu est fort belle et n’offre pas moins de richesse que de goût ; ce nouvel embellissement était aussi une nécessité. L’architecte, auteur des plans et dessins de ces portes, est M. Jouffray ; la modelure a été confiée à M. Léon Raynaud et la serrurerie a été exécutée par l’habile mécanicien M. Guigue, dont le talent s’est déjà révélé dans le nouveau passage des Terreaux.
          
Le Palais de Justice de Lyon est l’œuvre de feu M. Baltard, architecte de Paris ; il a été terminé totalement en 1846 ; il remplace l’ancienne Prison de Roanne qui, par sa construction féodale et ses pierres noires, faisait dire aux étrangers que cette prison était bâtie avec des blocs de charbon. Triste comme la porte de Roanne, est un proverbe lyonnais. Le nouveau palais est plus élégant, mais on sait ce qu’il a coûté.
          
Les paysagistes et les photographes prennent en tous sens, depuis le quai des Célestins sur la rive opposée, ce magnifique ensemble de monuments qui se compose toujours ainsi sur leurs tableaux ; façade du Palais de Justice ; à gauche, les deux gigantesques maisons qui le séparent de la Cathédrale ; l’abside de la métropole ; l’archevêché et sa terrasse ; enfin, on couronne le tout par la colline et le dôme de Fourvières ; au premier plan, la Saône coule paisiblement dans son large et profond bassin."