1894 : L’ASSASSINAT DE SADI CARNOT

sadi_carnot_caserio

Dans les années 1880-1890, Lyon est le théâtre d’une quinzaine d’attentats visant des édifices institutionnels et des lieux publics : les églises Saint-Pothin et Saint-Nizier, le monument des Capucins aux Brotteaux, les bureaux du journal Le Progrès, la mairie du 4ème, le Palais de Justice, une caserne de gendarmerie, et des cabarets (L’Assommoir, le Café du Rhône). Ces attentats sont revendiqués par le mouvement anarchiste.

La France vient de subir la défaite de 1870 qui a entraîné la chute de Second Empire. Le mouvement socialiste, qui semble plus préoccupé par les élections que par les conséquences de la crise économique, a laissé le champ libre au développement des idées anarchistes dans la classe ouvrière.

Lyon est devenu une plaque tournante du mouvement anarchiste dominé par la personnalité de Bakounine. Le 15 septembre 1870, Bakounine avait tenté de prendre le contrôle de la ville. Cette tentative a échoué, mais le mouvement libertaire est néanmoins parvenu à s’enraciner dans la cité, où le nombre important d’ouvriers, la grave crise économique et le sentiment récurrent d’une agression de la bourgeoisie et du capitalisme lui donnent une vigueur particulière.

La diffusion des idées se fait par la présence à Lyon d’une presse spécifiquement anarchiste : La Lutte ; Le drapeau noir ; L’émeute.

La Croix Rousse (et plus particulièrement le bas des Pentes : rue vieille monnaie, rue sainte Catherine) devient un endroit stratégique pour les cachettes, la fabrication d’explosifs et les réunions secrètes.

Vers 1882, le mouvement évolue vers un activisme terroriste. La bombe remplace le tract.

La première action d’une longue série, parfois meurtrière, a lieu au café L’Assommoir le 23 octobre 1882. Le dernier attentat, le plus retentissant, est l’assassinat du président de la République, Sadi Carnot, venu à Lyon pour visiter l'Exposition universelle.

Le 24 juin 1894, alors que Sadi Carnot se rend au Grand Théâtre, il est agressé près de la place des Cordeliers, à l’angle de la rue de la République, à hauteur du Palais de la Bourse.(1) Blessé d’un coup de poignard au foie par l’anarchiste italien Santo Jeronimo Caserio, le chef de l'État est transporté à la préfecture où il décède.

Sadi Carnot était devenu une cible dans les rangs anarchistes depuis son refus de gracier Auguste Vaillant, militant libertaire, qui avait lancé une bombe, le 9 décembre 1893, dans les travées de l’hémicycle de la chambre des députés pour protester contre la politique répressive du gouvernement de Jean Casimir-Perier. Il avait été condamné à mort et guillotiné.

Pour venger la mémoire de Vaillant, Caserio affirme avoir agi seul et n’avoir bénéficié d’aucun soutien logistique de la part du mouvement libertaire. Les autorités, qui avaient infiltré plusieurs mouchards dans les groupes libertaires, s’attendaient pourtant à une action hostile des anarchistes à l’occasion du passage du président.

Caserio sera guillotiné près de la prison Saint-Paul, le 16 août 1894. Les simples sympathisants au mouvement anarchiste seront condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. La Chambre des députés adopte une loi visant spécifiquement les anarchistes, leur interdisant même tout type de propagande. Cette répression forte contre l’anarchisme marquera la fin de l'emploi de la terreur par les révolutionnaires.

© M-Ch. Blaise

Sources :

ADR : surveillance policière. Dossier 4 M 310

André Voirin : De Cyvoct à Casério. Cahiers du Rhône 1995

Illustration : La Vie Française/juillet 1894 

(1) Un pavé rouge localise symboliquement, sur le trottoir de la rue de la République, le lieu où fut assassiné le président Sadi Carnot.