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L’incursion des « Voraces » vue de St Innocent
Nous sommes début avril 1848. La Savoie vit sous le règne du roi Charles–Albert, l’ex carbonaro. Sa politique étrangère vise à la délivrance de l’Italie du joug autrichien ; les armées sardes entrent en Lombardie. En France, le roi Louis-Philippe, après deux jours d’émeute, abdique et se retire en Angleterre. Le 24 février, la République est proclamée…sonnant, diront certains le réveil de toutes les passions démagogiques et du désordre. A Lyon, la proclamation de la République avait déchaîné une importante crise de chômage parmi les ouvriers de la soie : les « canuts ». Les autorités invitent les ouvriers qui n’étaient pas d’authentiques lyonnais, à rentrer momentanément dans leur pays d’origine, leur promettant un secours de route et un passeport gratuit. On voit alors se former une société recrutée surtout de « savoisiens », citoyens armés de la Croix-Rousse, tous canuts et d’un républicanisme exalté : « Les Voraces ». Leur but ? envahir la Savoie, porter une attaque contre Chambéry (ville importante de la monarchie de Turin) et y implanter la république. L’absence à l’époque de toute force armée et de toute autorité sérieuse, semblait favoriser leur projet. Le bruit s’en était répandu en Savoie et tenait les esprits dans l’inquiétude. Le 29 mars, les Voraces préparent leur départ dans une ambiance révolutionnaire. Ils sont près de 1500, rassemblés sur la place Bellecour avec drapeaux tricolores, oriflammes et tambours. Ils prennent la route de Belley pour franchir la frontière à Yenne.-« Le 2 avril, raconte Joseph Blanchard (1832-1915), nous entendîmes des tambours au col du Chat et nous pûmes voir défiler un nombre considérable d’hommes. C’était bien eux, les Voraces. La plupart déguenillés, la moitié armés de fusils de tous calibres ; les autres munis de vieux pistolets, de sabres rouillés, de couteaux ou de bâtons…et ils en avaient de l’audace ! Le 3 avril, ils entrent à Chambéry, occupent le château (le gouverneur Olivieri avait fui quelques heures avant en Maurienne), la mairie, les casernes. Le chef Peyssard proclame la république et la réunion à la France ; le drapeau tricolore ne flottera que 24 heures. La population locale est invitée à réagir pour expulser ces voyous. Une quinzaine de saintinois, armés de faux et de tridents se rendent à Aix, sur la place centrale encombrée d’hommes. Mais bientôt, une estafette arrivant de Chambéry annonce la défaite complète des Voraces. Un de leur chef, un certain Raffin de St Innocent, vient se réfugier chez ses parents. Dénoncé, il est arrêté et c’est encadré de quatre hommes qu’il fut conduit à Aix. Il fut ensuite relâché à la frontière. Ainsi, s’achevait cette « révolution d’opérette » sans lendemain.
Marc ASSIER
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