Anselme Petetin (1806-1873)
Eléments biographiques

Né en septembre 1806 à Morzine, au cœur d’une Savoie qui appartenait alors à la France, Anselme Petetin monte à Paris à l’âge de vingt ans, décidé à faire profession de journaliste. Il collabore à divers journaux politiques et littéraires, parmi lesquels La Revue Encyclopédique dont il devient, en avril 1831, le corédacteur en chef.

En novembre 1831, quelques jours avant que n’éclate la première insurrection des canuts, il est nommé à la tête du Précurseur, journal constitutionnel de Lyon, au grand dam du maire Prunelle et de son protégé, Monfalcon. Sous sa direction, Le Précurseur passe rapidement du statut de feuille officieuse de la préfecture à celui de quotidien de l’opposition républicaine. Son engagement en faveur de “l’immense majorité de la nation privée de droits politiques et qui souffre”, lui vaut une attention toute particulière de la police et de la justice. A sept reprises, il est renvoyé devant la Cour d’Assises du Rhône pour délit de presse. Par cinq fois le jury l’acquitte. Mais le zèle du Procureur Chegaray finit par porter ses fruits : au printemps 1833, le Parquet obtient deux condamnations. Petetin est incarcéré à Saint Joseph, la nouvelle prison lyonnaise, de juin à septembre 1833.

Après l’insurrection d’avril 1834, le préfet Gasparin, bien que n’ignorant pas les positions de Petetin contre les menées insurrectionnelles, s’attache à obtenir sa mise en cause. Il est déféré devant la Cour des Pairs, juridiction politique d’exception pour “provocation à l’attentat contre la sûreté de l’Etat.” Petetin se défend avec virulence, affirmant ses convictions et dénonçant les turpitudes du régime. En janvier 1835, le pouvoir renonce à le poursuivre.

Anselme Petetin retourne alors à Paris où il reprend ses études de droit et devient avocat. Au début des années 1840, il se lie d’amitié avec George Sand et intègre la rédaction de La Revue Indépendante.

En 1848, la République le fait Commissaire général pour les départements de l’Ain et du Jura, puis Ministre plénipotentiaire à Hanovre. A l’occasion des élections législatives de septembre 1848 et mai 1849, il retrouve Lyon où il se présente, en vain, devant le suffrage universel.

Le Coup d’Etat de Louis Napoléon Bonaparte le ramène dans l’opposition. Cependant, après le rattachement de la Savoie à la France (1860), il accepte d’être préfet de son département de naissance. L’expérience tourne court et, en 1861, il est nommé directeur de l’Imprimerie impériale.

En octobre 1864, il est élu Conseiller général du canton de Beaurepaire (Isère). Il est réélu en juin 1870.

En août 1870, le gouvernement d’Emile Ollivier, fils de Démosthène Ollivier, son compagnon de lutte contre la Monarchie de Juillet, l’intègre sur la liste des nominations au Sénat, aux cotés de Pasteur et de Suchet. La chute de l’Empire laisse la proposition sans effet..

En novembre 1873, Anselme Petetin est de passage à Lyon pour assister à la rentrée solennelle de la Cour d’Appel, au cours de laquelle le substitut Genest doit prononcer un discours sur la nouvelle législation relative à la presse. Le mercredi 5 novembre, alors qu’il traverse la place des Terreaux, Petetin s’effondre, frappé par une “subite attaque d’apoplexie cérébrale”. Les hôtels environnants, où il est conduit, refusent de l’accueillir. Des papiers trouvés dans ses vêtements indiquent son identité. La préfecture, aussitôt avertie, le fait transporter à l’hôtel du Globe où il décède le lendemain. Ultime ironie du sort, l’hôtel du Globe est situé dans une rue qui, depuis 1863, porte le nom de son plus farouche adversaire, le préfet qui l’avait fait déférer devant la Cour des Pairs : Adrien Gasparin.

Marie-Christine Blaise et Bernard Collonges

Texte paru dans le n°16 de Gryphe, revue de la bibliothèque de Lyon (mai 2007)